L’université d’été du PS à la Rochelle accueille ce samedi le secrétaire national du PCF Pierre Laurent. Une première ! L’objectif pour le dirigeant communiste est de venir parler « les yeux dans les yeux » aux militants socialistes et leur dire « qu’un autre avenir est possible ». C’est même un devoir se justifie Pierre Laurent qui ne souhaite « pas laisser les millions d’électeurs et de militants socialistes sombrer dans l’amertume ».

Marianne : Que pensez-vous du gouvernement Valls 2 et de l’entrée d’Emmanuel Macron, l’ex-banquier d’affaires, à Bercy ?
Pierre Laurent : Ce nouveau gouvernement, mis en place au terme d’un coup de force de Valls et d’Hollande avec beaucoup de brutalité, consacre une politique beaucoup plus droitière. Lors de son discours du Bourget, la finance était l’adversaire d’Hollande. Aujourd’hui, c’est la finance qui tient Bercy. Il suffit de voir le récent de discours du Premier ministre devant le Medef et l’entretien dans le Point d’Emmanuel Macron, le nouveau ministre de l’Economie, qui voulait s’attaquer aux 35 heures (depuis, Matignon a démenti un tel projetndlr)…Le premier secrétaire du PCF à une université du PS, c’est une première qui fait grincer des dents au sein Front de gauche. Quel est le but de votre venue ?
On est dans un moment de vérité pour le pays et pour la gauche française. Les événements de cette semaine ont laissé sous le choc beaucoup de socialistes qui ne se reconnaissent plus dans ce gouvernement. J’estime qu’il est de notre devoir de leur parler, les yeux dans les yeux, et de leur dire : vous ne pouvez plus vous laisser enfermer dans ce chantage qui consiste à dire que, si vous critiquez ce qui est fait, vous faites le travail de la droite et de l’extrême droite. C’est le sens de la démarche du Front de gauche et des écologistes. Nous n’acceptons pas ce chantage dans lequel ils essayent de nous enfermer, pour nous obliger à embarquer dans ce corbillard conduit par Manuel Valls. Lui et le président sont en train de creuser la tombe de la gauche et, si les socialistes laissent faire, de leur propre parti.

Est-ce le sens de « l’élargissement » du Front de gauche que vous appelez de vos vœux ?
Oui. D’ailleurs, j’étais récemment aux journées d’été d’Ensemble, l’une des composantes du Front de gauche emmenée par Clémentine Autain et je leur ai dit en substance que le Front devait se relancer avec de nouveaux objectifs. Nous devons travailler avec les forces au-delà des limites actuelles du Front de gauche. Bien sûr, nous ne serons pas d’accord sur tout. Mais les points qui nous rapprochent doivent être une base de départ. Et je pense que le Front de gauche doit jouer le rôle d’animateur actif de ces rapprochements.

Jean-Luc Mélenchon qui se dit « intéressé » par les positions d’Arnaud Montebourg. C’est du pain bénit pour vous ?
Oui, c’est positif. Si l’on ne dialogue pas avec Arnaud Montebourg, Benoît Hamon, Cécile Duflot ou Aurélie Filippetti, avec qui allons-nous parler pour construire un mouvement fort qui pèsera et qui permettra de contrecarrer ce scénario que le gouvernement écrit pour la gauche et pour le pays entier. Il faut redonner de l’espoir et faire la démonstration qu’il existe d’autres solutions, d’autres voies dans le paysage politique français.
Je pense que la situation qui s’est imposée à nous est en train de faire bouger les lignes chez tout le monde. Même chez ceux qui pensaient qu’il ne se passerait jamais rien. Je pense que nous ne pouvons pas laisser les millions d’électeurs et de militants socialistes sombrer dans l’amertume. C’est à nous de leur dire que les lignes bougent et qu’un autre avenir est possible. Bien sûr, au sein de notre formation, le débat existe entre ceux qui défendent la nécessité de « fédérer le peuple » et ceux qui parlent « d’unir les forces de gauche ». Moi, je pense que cela procède d’un même mouvement. Mais si la crainte qui existe chez certains militants du Front de gauche, c’est qu’il y ait un compromis avec la politique gouvernementale actuelle, je les rassure : c’est de l’ordre du fantasme. Mais je suis convaincu que ce serait une faute, si nous, responsables politiques de cette force qu’est le Front de gauche, nous ne tentions rien.

Les tensions restent vives entre le PCF et le Parti de gauche. Votre réunion de rentrée avec vos partenaires du Front de gauche en septembre sera-t-elle tendue ?
Honnêtement, je ne sais pas. Ce qui importe c’est que nous sommes dans un processus de recherche d’un nouvel équilibre, entre les réussites certaines et acquises que nous avons eu et la nécessité de construire l’avenir. Mais, j’ai bon espoir que cette idée avance chez les différentes composantes et que la réunion de rentrée du Front de gauche qui se tiendra le 6 septembre, sera une réussite.

Source : Marianne
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