josephculis6Allocution d’Yvan Druon
Obsèques de Joseph Culis
Harnes – 4 décembre 2015

 

Joseph,
Mon camarade,
Notre camarade à tous,

Aujourd’hui, tu nous rends tous orphelins : ta famille, tes proches que nous assurons tous de notre profonde sympathie, tes amis, tes camarades.

Oui, tu nous laisses tous orphelins et tu nous as quittés trop vite, beaucoup trop tôt. J’entends encore un militant dire : « Joseph s’est excusé pour une réunion de section en pleine campagne électorale ! Il doit être bien malade, lui qui ne ratait aucune réunion. » Il s’agissait alors d’une simple boutade et il s’en veut encore d’avoir eu malheureusement raison…

Oui car, camarade, tu fus de tous les combats.

La première grande bataille que tu as menée, ce fut avec la CGT chez Massey-Fergusson, à Marquette, près de Lille, au début des années 80. Alors très investi au sein du syndicat et du Comité d’établissement, notamment comme responsable de la commission culture, tu as mis toutes tes forces face aux diktats du capital qui laminait les hommes sur l’autel de la finance et de la rentabilité. Je me souviens de t’avoir rencontré à l’époque dans des manifs épiques où tu brûlais des pneus devant l’usine avec tes camarades.

Même lorsque l’entreprise ferma finalement ses portes, tu continuas à lutter pour obtenir des reclassements, des formations…

Puis tu vins dans notre région, sur le secteur de Harnes et tu t’y es investi avec passion, en compagnie de Réjane, ton épouse, elle aussi militante. Et tu franchis le pas d’entrer par la grande porte au Parti communiste français auquel tu resteras toujours fidèle.

Intégré à l’OFFIPPEJ dès 1986 avec le titre de « secrétaire », tu élargiras très vite cette fonction en aidant très largement ton prochain : en plus des comptes rendus et des préparations de stages, tu faisais ton quotidien de déclarations d’impôts, de dossiers pour les stagiaires, de courriers, de demandes de logements, et j’en passe tant ton souci de rendre service était évident.

Tu fus alors un remarquable écrivain public, l’un de ceux qui réalisait des performances. Je me suis en effet laissé dire que tu étais parvenu à obtenir auprès de la Banque de France un aménagement de 32 ans pour une personne âgée de plus de 60 ans !

Tu sus d’ailleurs te rendre rapidement indispensable dans cette mise en place de l’insertion souhaitée par les élus, que ce soit comme conseiller prud’homal, écrivain, secrétaire, comptable, direction faisant fonction…

Et ta mémoire encyclopédique impressionnait tout un chacun, au point qu’on te surnommait «  le disque dur de l’institution », malgré ton peu de goût pour les ordinateurs et autres fax… à part peut-être le minitel !

Dans le même temps, tu étais de tous les « commandos » contre les expulsions et autres saisies, des commandos un peu musclés avec ton camarade Francis. Nombre de huissiers doivent se souvenir encore de ces « énergumènes » très actifs !

Et ce n’est pas tout puisque, alors que « La Gazette » n’était pas née, tu passais tes fins de semaines, toujours avec ton acolyte, à rédiger et imprimer une page politique sur Harnes. Rien de moins.

Quant au militant communiste que tu fus jusque ton dernier souffle, j’ai quelque peine à le qualifier tant tu fus en tous points exemplaire.

Militant de base, toujours prompt à combattre l’injustice ordinaire, à défendre la paix, à arpenter la ville tracts en main, à expliquer, à convaincre, tu as grandement participé à l’organisation de notre section dont tu fus secrétaire puis trésorier… Au centime près, ajouterai-je. C’est même toi qui t’occupais d’acheter les fleurs pour les événements, y compris pour l’enterrement de nos camarades.

Pendant toutes ces années, tu as participé activement à toutes les grandes batailles et manifestations, contre la réforme des retraites, contre l’habitat précaire, contre les guerres dans le monde, contre toutes les formes d’injustice, de violence, contre l’extrême droite, ta bête noire, pour ne citer que ces exemples.

Ayant pris ta retraite, tu n’as cessé de lire, de décortiquer l’actualité, de suivre l’histoire au jour le jour tout en la resituant dans l’histoire avec un grand « H » que tu connaissais tellement bien.

Tu étais l’un de ces humanistes des temps modernes, de ceux qui dominent une connaissance quasi-universelle sans passer pas internet. Tu représentais notre patrimoine à tous. Je sais que tu disais souvent en voyant la société actuelle : « Marx n’est pas mort, il faudrait l’écrire »…

Une anecdote pour décrire ton savoir. Jouer au « Trivial poursuit » avec toi se révélait impossible : tu avais réponse à tout et tu ajoutais de tels commentaires que tes partenaires ne pouvaient jouer ! Mais ils ne t’en voulaient pas, au contraire !

Joseph, mon camarade, notre camarade, tu vas manquer à tes proches, tu vas nous manquer à tous, toi notre patriarche, notre historien, notre mémoire, notre ami, notre camarade.

Camarade, un mot qui te sied bien et que tu affectionnais particulièrement. C’est pourquoi, en te saluant en notre nom à tous, je laisserai la conclusion à notre camarade Jean Ferrat :

« C’est un joli nom, Camarade
C’est un joli nom, tu sais
Dans mon cœur battant la chamade
Pour qu’il revive à jamais
Se marient cerise et grenade
Aux cent fleurs du mois de mai
 »

Adieu, mon vieil ami…
Adieu mon camarade !

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