Ces dernières semaines, les collectivités territoriales se sont prononcées sur la recapitalisation d’Adévia (1). Criblée de dettes, rattrapée par les affaires, la société d’économie mixte régionale d’aménagement a en effet lancé un énième appel au secours à ces actionnaires publiques et ses financeurs privés. Des prêts bancaires à hauteur de 35 millions d’euros et surtout une augmentation du capital de 25 millions seraient nécessaires à sa remise à flot à l’horizon 2014.

Pour Cathy Apourceau, conseillère régionale, il s’agit d’un « véritable chantage ». En impactant leur investissement futur, un dépôt de bilan aurait en effet des conséquences tragiques pour des collectivités locales qui attendent d’être remboursées de leurs avances en compte courant ou qui ont garanti des emprunts. En contraignant des dizaines de PME du bâtiment travaillant sur les chantiers en cours (au nombre de 136) à mettre la clé sous la porte, une faillite serait aussi forcément préjudiciable à l’emploi au cœur d’un Pas-de-Calais déjà sinistré. Si le Parti socialiste a accepté le principe de cette recapitalisation, il n’était pas question pour les communistes de cautionner cette « fuite en avant dont les premières victimes sont les contribuables », selon Yvan Druon, conseiller général du Pas-de-Calais.

De façon concertée, les élus du PCF ont ainsi refusé de prendre part aux votes. De surcroît, « tout le monde s’accorde à dire qu’il n’est pas sûr que l’argent débloqué sera suffisant ! » fait remarquer Jean Haja, le maire de Rouvroy. Aussi,« il ne peut être question pour nous de continuer à combler des déficits sans que les responsabilités de ce désastre annoncé soient clairement établies », insiste Yvan Druon.

Des « opérations frauduleuses » à Hénin-Beaumont ou à Liévin, des pratiques de « hauts salaires inconsidérés en faveur des cadres d’Adévia » (2), une « gestion opaque qui sert les amis »… Les griefs sont légion ! Et Jean Haja de dénoncer aussi des « pratiques de cavalerie qui consistent à décrocher beaucoup de marchés, en sous-estimant les coûts, afin d’obtenir des avances permettant de régler les problèmes sous le coude, mais aggravant, à terme, les déficits ». Pour le PCF, favorable « à des structures à taille humaine » le « développement déraisonnable d’Adévia en situation de quasi-monopole » en fait un monstre incontrôlable. Un changement de nom ou de président (3) n’y changeront rien…

 

(1) La Communauté d’Agglomération de Lens-Liévin, la Communauté d’Agglomération d’Hénin-Carvin, Artois Comm., Cap Calaisis, la Communauté urbaine d’Arras, les conseils régional et général du Pas-de-Calais vont ainsi mettre la main à la poche.

(2) Selon Jean Haja, « la part de la masse salariale dans le budget serait passé de 60 à 70 % entre 2010 et 2012 » et le salaire moyen mensuel d’un cadre masculin « s’élève à 4.000€ ».

(3) Un haut fonctionnaire à la retraite (« de Droite », selon Jean Haja), Christian Parent vient de succéder à Michel Dagbert, maire de Barlin démissionnaire, à la présidence d’Adévia.

 

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